Section en travaux
Accompagner le deuil
Contexte préalable
Alors que nous vivons dans une apparente situation « normale », nous sommes peu préparés, et donc entrainés, à accueillir les personnes de notre entourage qui vivent une rupture douloureuse, une dépression, un mal-être résultant d’un accident de la vie, voire l’émergence d’une pathologie de la psyché aux racines parfois profondes. Cette situation peut aussi résulter d’une prise de conscience par l’individu du très probable effondrement de nos sociétés.
- Pour autant, l’effondrement de l’individu face à sa mort annoncé (cas d’une maladie grave et incurable) est différent de la perspective de l’effondrement sociétal pour une raison évidente
d’échelle mais aussi parce qu’il y a bien plus d’incertitude quand aux scénarios de ces « collapse » sociétaux.
- Il y a toutefois des points de convergences d’attitudes de la part de ceux qui écoutent et accueillent la souffrance de l’autre. La demande dans tous les cas est de passer un moment ensemble (on tisse des liens qui soignent). C’est pour œuvrer dans ce sens que le tissage et l’entretien de réseaux locaux à travers ce qui existe déjà (vie associative, voisinauté,…) apparait comme une priorité.
- Cet accompagnement s’inscrit dans ce qui est aux origines d’Adrastia : écouter, accueillir, aider à verbaliser les peines et les angoisses face aux finitudes, notamment sociétales.
En période d’effondrement sociétal, quelque soit le type de scénario et de dynamique d’apparition de celui-ci, il est plus que probable que ces situations de « deuil » seront nombreuses. La question du « pourquoi ? » surgit déjà très couramment en situation de deuil, elle sera amplifiée en situation d’effondrement.
- Lors des moments d’échanges au sein des réseaux divers, un retour sur les trajectoires passées peut nous aider à mieux accepter le présent. A titre d’exemple, les épreuves vécues par les populations de Gaza ou même de l’Ukraine sont des formes d’effondrement que les populations victimes pourront peut-être dépasser en essayant d’intégrer les engrenages de leurs histoires passées. Cette quête pour comprendre est également valable dans les effondrements à l’échelle personnelle.
- Il est d’ailleurs assez courant d’entendre des personnes, et nous avec, s’interroger sur le sens de ces effondrements ou des ruptures subis. Il est dans ce contexte possible de se demander
quel sens nous voulons donner à ces situations. Cette transformation de l’interrogation du « pourquoi moi ? », au « J’en fais quoi ? » fait de nous des sujets et non plus de simples
objets subissant l’effondrement. C’est un renversement qui peut permettre de rebondir dans une attitude dynamique.
Pour ceux qui se préparent à traverser cette falaise de Sénèque pour que demain soit possible, une question apparait : comment nous entrainer aujourd’hui?
Tout le monde n’a pas les dispositions naturelles pour accompagner les personnes en situation de deuil. Il convient donc dès maintenant d’identifier dans nos réseaux locaux les compétences à cet accompagnement déjà existantes mais aussi de nous entrainer à l’écoute, même et surtout si nous n’en sommes pas des spécialistes.
- Pour nous éclairer, la progression dans le deuil a bien été décrite par Elisabeth Kübler-Ross (1926-2004), une psychiatre suisse. Elle décrit 5 étapes qui peuvent être schématisées comme suit :
NB : Ce schéma peut être relativisé et même critiqué, mais il a le pouvoir de susciter la réflexion.
- Des cercles de paroles peuvent être mis en œuvre en y intégrant des personnes non en deuil mais qui partageront leurs propres expériences de deuil antérieur. Il faudra alors clairement identifier l’animateur du cercle. Ces cercles permettent de
combattre l’isolement des personnes en situation de deuil tout en leur assurant des espaces de calme pour cheminer vers l’acceptation puis la reconstruction.
- La reconnexion au vivant devrait rapidement être proposée après une phase d’écoute dans ces cercles. Le basculement d’objet subissant l’effondrement en sujet, acteur du « vivre après » fait de nous des combattants pour la vie. Une réflexion de chacun
(voire une méditation) sur « Qu’est ce que la vie ? » peut nous aider à dépasser nos frayeurs face aux situations d’effondrement.
- La lecture du livre intitulé « Qu’est ce que la vie ? » d’Erwin Schrödinger paru en 1944 peut nourrir nos réflexions. Avec le même titre, Sir Paul Nurse a écrit un ouvrage très accessible permettant de mieux comprendre le phénomène de la vie pour lequel nous nous engageons.
Toujours sur même thème, l’ouvrage intitulé « La disparition du vivant et moi » d’Hélène Grosbois permet d’argumenter nos choix pour le vivant.
- Cet entrainement peut nous mettre dans le viseur de ceux de nos congénères qui construisent et alimentent le déni des « collapses » qui s’annoncent. Comment agir sans passer pour des prophètes de malheur, voire des militants du grand soir, au risque d’être désignés alors comme boucs émissaires par les leaders du déni ? Ceux-ci se nourrissent déjà et se nourrirons encore plus d’une multitude de conflits locaux, d’incivilités, de sentiments de mépris, voire d’injustice.
- L’expérimentation à nos échelles locales d’une gestion des conflits et d’une justice restaurative (et non punitive) apparait ici comme un des axes de l’entrainement à dépasser les effondrements qui s’annoncent !
Dernière mise à jour : 05/04/2026
